L’histoire cachée des FEMEN

Cette enquête, qui aurait pu s’appeler « le poids des mots, le choc des photos » raconte l’histoire des FEMEN à la lumière de leurs alliances politiques et de leurs nombreux dérapages, souvent passés sous silence. Une gageure.

Communistes et rouge-bruns, les premiers alliés

Cette première partie est consacrée à FEMEN…avant FEMEN.

Les politologues ukrainiens considèrent unanimement FEMEN comme un projet « politico-commercial » et ne se sont jamais véritablement penchés sur le sujet. A force d’incohérences, le mouvement « caméléon » a lassé leur pays, avant d’être fatalement discrédité.

En France, il a su rebondir, bénéficiant de soutiens jusqu’au Parti de gauche.

De leur côté, les médias nous ont inondés du story-telling « femeniste ». Jusqu’à ce qu’éclate le scandale de la Biennale de Venise, qui révéla la personnalité machiste de Viktor Sviatski, qui a longtemps dirigé FEMEN au côté d’Anna Hutsol. L’image du mouvement s’est brouillée. Son étoile a pâli. Un contre-récit s’imposait.

Les photos exclusives que je révèle rendent le propos difficilement contestable :

Né dans le creuset communiste et antifasciste ukrainien, FEMEN ne s’en est pas moins associé, de façon répétée, à des mouvements réactionnaires, voire ultranationalistes. Avant de se réfugier en France, grâce à la bienveillance d’une certaine mouvancenéoconservatrice. Démonstration.

En Ukraine s’opposent depuis longtemps, sans besoin d’être caricatural, deux camps. L’Est du pays, russophile et « antifasciste », incarné par l’alliance d’une partie de la droite avec le Parti communiste. Et l’Ouest du pays : nationaliste et occidentaliste. Les figures de cette dernière tendance nous sont bien connues : Viktor IoutchenkoIoulia Timochenko… Or, il y a quelques années de cela, on a vu les fondateurs des FEMEN passer brusquement d’un camp à un autre. Un revirement qui signe l’imposture. Ce qui a valu aux FEMEN d’être qualifiées de « political technology » par les spécialistes ukrainiens. Dans cette première partie, je m’attellerai donc à une histoire des alliances politiques des FEMEN et par la même occasion à une généalogie de leur positionnement xénophobe.

FEMEN, une « Political technology » ?

Political technology, kesako ? Il s’agit de la manipulation politique poussée à son extrême. Les outils pour ce faire nous sont familiers : storytelling, désinformation, « triangulation »… Mais l’usage étendu et intensif qui en est fait dans les pays d’ex-URSS, où il s’agit d’une véritable petite industrie, nous est inconnu. Dans la plupart des cas, il s’agit de manœuvres d’un pouvoir autoritaire pour se maintenir en place, via la tromperie.

FEMEN est depuis longtemps considéré comme prestataire de ce type de service. Mais dans leur cas, elles auraient fait évoluer leurs positions au gré des médias et de leurs soutiens financiers/politiques du moment. Il serait donc faux d’affirmer que FEMEN aurait été créé par un marionnettiste dont elles auraient défendu les intérêts tout le long. Elles ont avant tout défendu les leurs. Néanmoins, nous révélerons quelques accointances politiques/financières jamais mentionnées jusque-là, à même d’éclairer d’un jour nouveau certaines de leurs prises de positions.

[Un exemple de political technology présumé : la mise sur orbite, il y a quelques années, par des médias proches du président Ianoukovitch d’un de ses opposants politiques, VitaliKlitschko. Une ex-vedette sportive que rien ne prédestinait à la politique. Diviser pour régner…]

FEMEN avant FEMEN : dans le giron du Parti communiste et du camp russophile

La figure FEMEN la plus connue du public français est Inna Shevchenko. Mais la véritable chef des FEMEN est Anna Hutsol, en duo avec son vieux camarade Viktor Sviatski. Présenté comme un « publicitaire », ce dernier est surtout un professionnel de la politique.

Le livre autobiographique FEMEN (qui sera mentionnée dans la suite de cette article par « cf. FEMEN« ), rapporte la rencontre d’Hutsol avec Sviatski au début des années 2000, au sein d’un « cercle de rue marxiste » dont il est le « mentor », à Khmelnytsky.

Oksana Chatchko (co-fondatrice FEMEN) avec les jeunesses communistes (Khmelnytsky)

Partis du Komsomol, Hutsol et Sviatski partent fonder de leur côté deux mouvements étudiants, fin 2005 : le Centre de perspectives de la jeunesse (un syndicat) et Nouvelle Ethique (organisme de femmes préfigurant FEMEN). Ils sont lancés de façon opportune sous les auspices d’Olga Ivanovna Ugrak, qui est alors la candidate du Parti communiste aux élections municipales. C’est elle qui héberge le Centre de perspectives. Quant à Nouvelle éthique, c’est chez Sviatski qu’elle trouve refuge (cf. autobiographie FEMEN). La création de ces organismes permettent vraisemblablement à la communiste de rajeunir l’image du Parti et d’élargir le soutien groupusculaire qu’aurait constitué les jeunesses communistes. Anna Hutsol sera directement partie prenante de la campagne de la communiste (cf. FEMEN).

Au centre et côte à côté, la communiste Olga Ivanovna et Viktor Sviatski . A gauche Anna Hutsol. Soirée de nouvel an du Centre de perspectives de la jeunesse

Cette campagne municipale marque un tournant : Sviatski et Hutsol arrêtent la politique « sérieuse », illustrée par leur passage au sein des jeunesses communistes, pour faire de la politique un commerce (médiatique).

Au service d’un parti « rouge-brun »

Après l’issue désastreuse de la campagne du Parti communiste (3% des voix), il faut se trouver un nouvel allié pour Hutsol et ses amis. Ce sera le tout nouveau mais bien pourvu « Grande Ukraine« . Les dirigeants du Centre de perspectives (http://translate.googleusercontent….;;rurl=tr…Sviatski,Golenshin,Alexandrovih) deviennent des cadres du parti et Nouvelle éthique un satellite. Grande Ukraine est dirigé par l’énigmatique Igor Berkut. Ex-espion autoproclamé, ce millionnaire est un ancien propriétaire de banques au Kazakhstan et en Russie. Il passe lui aussi pour un « mercenaire » de la politique et son parti se voit accuser de relever de la « political technology ». Il a signé un livre relayant les thèses de son « frère » Poutine.

De gauche à droite : Drapeaux Grande Ukraine, Viktor Sviatski (Centre de perspectives/Grande Ukraine), Sasha Shevchenko (qui dirige alors Nouvelle éthique, future co-fondatrice des FEMEN), Igor Berkut (Grande Ukraine) 10/2007

Viktor Sviatski à des manifestation de Grande Ukraine, dont il est alors un cadre (2008)

Grande Ukraine, parti « social-patriotique » vaguement de gauche, appartient donc à l’instar du Parti communiste au camp pro-russe. Son soutien extensif à la peine de mort lui vaut d’être médiatisé et ses préconisations anti-immigrés comprennent le positionnement à la frontière de clubs militaro-patriotiques, un certain intérêt sur les forums d’extrême-droite. En 2010, il se déclarera – très sérieusement – en faveur d’une « bonne dictature démocratique ».

C’est vraisemblablement à son contact qu’Hutsol et Sviatski découvrent le business des « political technology ». On verra ainsi Sviatski et Grande Ukraine organiser, de façon étrange pour des syndicalistes étudiants, une action en défense des intérêts…viticulteurs.

Durant ces années, de 2006 à 2008, le mouvement de femmes « Nouvelle éthique » expérimente de son côté les coups d’éclats médiatiques à base de flashmobs.

Exemple en avril 2008, avec un lâcher de ballons. Sasha Shevchenko témoigne alors :

« Nous étions sur Internet, à la recherche de quelque chose d’intéressant et sommes accidentellement tombés sur la Journée de la femme ».

Les prémisses des FEMEN sont posées.

Avant de passer à la naissance en tant que tel de FEMEN (ici), il est intéressant de révéler une dernière photo, tant elle illustre d’où le mouvement est issu et combien la présentation qui est généralement faite des FEMEN comme de l’enfant naturel de la Révolution Orange (présentée comme pro-occidentale et donc faisant partie du « camp du bien ») est erronée. Elle montre Anna Hutsol en juin 2008, posant fièrement à une rassemblement anti-OTAN organisé par le Parti socialiste progressiste , organisation orthodoxe « panslave » (pour une intégration Russie/Biélorussie/Ukraine).

Banderole anti-OTAN et anti-Bandera (figure historique « controversée » du nationalisme ukrainien)

Immigration, peine de mort, alliés néofascistes…

Cette deuxième partie est consacrée à la naissance et au développement de FEMEN. Leurs alliances, leurs soutiens, leur positionnement…

Dans un contexte politique ukrainien aussi tendu que confus, les FEMEN se livreront à toutes les alliances et amitiés. Jusqu’à faire héberger leur site internet par un ancien leader skinhead (ci-dessus) ou manifester avec le parti d’extrême-droite Svoboda.

Débuts FEMEN : xénophobie et néo-atlantisme

Quand FEMEN est lancé sur Kiev, au printemps 2008, André Kolomiets (« Andrew Kolomyjec »), un des cadres de Grande Ukraine (mouvement rouge-brun sont issues les FEMEN, cf. première partie) rentre rapidement à son Conseil d’Administration. Il sera l’un des « soutiens financiers les plus constants » des activistes. « Pour s’assurer de leur indépendance », dit-il très sérieusement… ajoutant que le mouvement « n’était jamais tombé dans le racisme ». A voire…Mickael Orlyuk, autre cadre du parti, est lui de toutes les manifestations FEMEN.

Un certain nombre de thèses défendus par Grande Ukraine sont repris à leur compte par les FEMEN. Sur l’immigration : la dispense de visas pour les Européens visitant l’Ukraine étant une catastrophe, il faut fermer les frontières. Grande Ukraine dénonce les « centaines de milliers d’immigrants clandestins [qui] nous menacent ». FEMEN s’opposant de son côté, grippe aviaire aidant , « à l’entrée des étrangers dans notre pays. ». De la xénophobie ? « Peut-être » répond Anna Hutsol. A l’instar de Grande Ukraine, FEMEN est favorable à lapeine de mortpour les « sadiques ».

Enfin, il y a les Turcs, avec lesquels Igor Berkut (dirigeant de Grande Ukraine) considère qu’une guerre est inévitable . Les FEMEN de leur côté en ont longtemps fait un ennemi prioritaire, au nom de la lutte contre le tourisme sexuel.

Une des toutes premières actions FEMEN s’est d’ailleurs déroulée devant l’ambassade de Turquie.

Drapeau ukrainien au vent…

…et feintant le lynchage d’un touriste turc. (En arrière-plan Anna Hutsol)

En 2010, à l’occasion d’un match de foot opposant le Karpaty (Lviv) au Galatasaray (Istanbul) les FEMEN feront une campagne remarquée pour que l’on interdise d’entrée la « horde » des « machos » turcs.

Photo blog FEMEN

Ce qu’il convient d’appeler de la xénophobie prit même un accent anti-juif. En 2009, les FEMEN avaient accusé (avant de se rétracter), les juifs orthodoxes faisant un pèlerinage annuel de représenter une menace pour la sécurité des filles ukrainiennes et de mépriser l’Ukraine :

« L’Ukraine est célèbre pour son hospitalité…Mais toute tentative de saper notre culture devrait être combattue…. [Il faut] éviter que les Ukrainiens deviennent otages dans leur propre pays »

Issues de la mouvance communiste, les FEMEN multiplieront bientôt les clins d’œil au camp occidentaliste.

Le manifeste dont elles se dotent évoque ainsi parmi ses objectifs : « construire une image nationale de la féminité, de la maternité et de la beauté basée sur l’expérience du mouvement des femmes euro-atlantique ». L’expression « euro-atlantique » est loin d’être neutre dans le contexte ukrainien et appartient aux partisans de l’OTAN et de l’UE. Brouillage de pistes. Et façon de ménager certains sponsors. En 2007, Anna Hutsol fut en effet invitée aux Etats-Unis par un organisme dépendant du Congrès américain, l’Open World Leadership Institute , dont elle est qualifiée d’alumna (« élève »).

Par ailleurs, les FEMEN n’ont jamais caché le soutien reçu (jusqu’en 2011) de Jed Sunden , magnat des médias ukrainiens d’origine américaine.

Néofascistes, intégristes, activistes violents…des alliés encombrants

En 2010, FEMEN élargit son champ d’action. Et après le Parti communiste et Grande Ukraine fait place à de nouveaux alliés. Nationalistes et franchement ancrés à droite, ils sont solidaires des FEMEN. Au nom de la lutte contre la « dictature » des Ianoukovitch, Poutine et autres Loukachenko (Biélorussie)…Le groupe se coupe définitivement de ses racines idéologiques, renvoyant dos à dos fascisme et communisme et diffusant une propagande antirusse caricaturale.

De gauche à droite : Poutine (Président russe), Ianoukovitch et Azarov (Président et 1er ministre), Cyrille (Patriarche orthodoxe de Russie)

Voilà les organisations et quelques-unes des personnalités radicales dont se rapprochent alors les FEMEN.

  • La « Coalitions des partis de la révolution orange ». Organisation nationaliste, mais surtout « projet commercial imitant la société civile, menant des actions de rue rémunérées », selon le chercheur Pavel Klymenko, contacté.
  • La Confraternité de Saint Luc. Un groupuscule actionniste d’extrême-droite, qui s’est fait connaître pour avoir profané un monument en mémoire des combattants soviétiques ayant lutté contre le nazisme.

Yaroslava Pougacheva, une des responsables de la Confraternité, tête de fil d’une manifestation FEMEN (03/2012)

Inna et Sasha Shevchenko tenant par la main Darya Stepanenko, autre figure médiatisée de la Confraternité (05/2012)

La Confraternité de Saint-Luc est un mouvement identitaire se battant pour une « révolution orthodoxe mondiale » (cf entretien accordé au média néofasciste molotoff.info). Tout comme le parti dont elle est une émanation, Bratstvo (« Fraternité »), qui diffuse ce genre de propagande sur Facebook.

Une amitié surprenante pour celles qui ont drapé leur islamophobie derrière le féminisme et l’athéisme militant.

  • Les FEMEN se sont également affichées au côté du « Comité Noir », petit mouvement d’extrême-droite présent dans toute l’Ukraine. Certains de ses militants les plus exaltés ont été condamnés pour avoir mis le feu à une résidence d’étudiants africains et attaqué un centre social juif.

De gauche à droite : L’ultra-droitière Anna Sinkova (chef de la Confraternité de Saint-Luc), Sasha Shevchenko, Anna Hutsol, une militante FEMEN et Bogdan Titsky (chef du Comité Noir) – A la sortie d’un interrogatoire de police (08/2013)

« Vive la Biélorussie indépendante . Vive l’Ukraine libre », « Non à la terreur rouge »

  • Également présent ce jour là Viktor Sviatski, et l’organisation ultra-nationaliste et antisémite UNA-UNSO

Le drapeau rouge et noir de l’ UNA-UNSO flottant au dessus d’Inna et Sasha Shevchenko. Viktor Sviatski veillant au grain, en arrière-plan.

Non loin d’Inna et Sasha Shevchenko, une figure skinhead, Edouard Iholnikov

Pas un inconnu. Un mois plus tôt (mai 2011), il fut impliqué dans l’attaque d’une cérémonie en mémoire de la victoire sur le nazisme …Une agression dont il sera question jusqu’en France.

En outre, Iholnikov est un des chefs de file jeunesse de Svoboda à Kiev.

Un an plutôt (juin 2010), Iholnikov et Sasha Shevchenko s’étaient déjà retrouver à l’occasion d’une manifestation. Au nom de la lutte contre la « censure ».

Iholnikov effectuant le signe de ralliement de Svoboda. Shevchenko celui de FEMEN.

Les liens sont parfois plus personnels entre l’extrême-droite et FEMEN. En 2012, le site FEMEN fut ainsi hébergé sur le site de leur « ami bloggeur voland14 ». Voland14, pseudonyme de Sergey Didkovsky. Côté pile Didkovsky est un « spindoctor » et éditorialiste dans Playboy (!). Côté face, blogger néonazi (14, une référence hitlérienne transparente ) ; païen ; et chroniqueur médiatique évoquant les « Européens de souche que l’on mène à l’abatage ».

Celui qui diffuse aujourd’hui des vidéos sur « Eurabia » fut un animateur de la scène néonazie ukrainienne dans les années 2000 (sous les pseudonymes, justement de voland14 ou voland ratybor)…Sur la photo suivante, il s’illustre parmi les supporters de foot du club de Lviv, avec son « Parti national-travailliste d’Ukraine »…Foot et racisme : on se souvient de la campagne menée par les FEMEN contre l’entrée des supporters turcs à l’occasion d’un match…contre Lviv, précisément.

Les FEMEN diffusent à l’occasion la prose de Didkovsky/Voland14. Comme le texte raciste « FEMEN et les envieux », qui évoque la « dégradation du patrimoine génétique ukrainien ». Un texte dont nous avons fait une sauvegarde.

Didkovsky est donc un « ami blogger », hébergeur et certainement, selon nos informations, un partenaire « commercial » des FEMEN…mais son rôle exact reste à préciser. Il est en tout cas un soutien de la première heure, et fait partie du « premier cercle » de l’organisation. Sur le réseau social le plus populaire en Ukraine et très prisé par les FEMEN, vk.com, Didkovsky ne cache pas ses accointances avec l’ultra-droite (cf une capture parmi d’autres). De même que son blog, vers lequel les FEMEN renvoient.

De gauche à droite : « Voland14 », « Sergey Didkovsky » et « Voland Ratybor » parmi les hooligans

Didkovsky a bien hébergé l’accueil du site FEMEN…et sur son propre espace

Le site WaybackMachine permet de consulter l’archive d’un site.

Lorsque l’on veut consulter l’archive de la page d’accueil du site des FEMEN, on est renvoyé vers le site de Didkovsky (pour la période du 1/02/ au 16/06/2012)

Enfin, au sein même de l’équipe FEMEN, on note la présence de proches de la mouvance nationaliste radicale :

  • Yaroslav Yatsenko, leur avocat historique, s’affiche sur son blog comme un supporterde Roman Choukhevytch, et affiche sur Facebook un intérêt exclusif pour le parti d’extrême-droite Svoboda.
  • Courant 2012, Maria Popova, directement issue d’une organisation ultra, devenait l’attachée de presse du mouvement.

« Rien ne peut justifier la coopération avec la droite radicale »

Les alliances sulfureuses des FEMEN témoignent de la confusion à l’œuvre dans la société et la politique ukrainienne. La lutte contre l’influence russe, qui étouffe depuis des décennies l’émergence d’une nation ukrainienne souveraine, légitime de toute part l’alliance avec un parti d’extrême-droite directement issu du néonazisme (Svoboda fut longtemps appelé « Parti social national d’Ukraine ») et la réhabilitation de mouvements nationalistes ayant collaboré avec le nazisme.

Néanmoins, cette stratégie d’alliance ne fait pas l’unanimité. Que ce soit au sein de la communauté juive, de la mouvance antifasciste et libertaire ou encore parmi les intellectuels (politologues, historiens…). Interrogé par nos soins, le chercheur Anton Shekhovtsov déclare ainsi :

I don’t think that anything legitimises cooperation with the radical right, and I signed a letter urging the mainstream politicians to stop cooperating with the radical right-wing Svoboda party –

http://www.day.kiev.ua/uk/article/d…

Unfortunately, many mainstream politicians and activists in Ukraine do not understand the danger of alliances with the radical right. Sometimes, it does seem like a necessary evil, but – in the long-term perspective – all these alliances are really harmful to Ukraine’s democratic development.

=> FEMEN déclarait dès 2009 vouloir devenir un phénomène européen. La France sera la base arrière de ce développement. Pour se faire, quelles furent leurs alliances ? Leurs relais politiques ? Leur inspiration « idéologique » ? C’est ce que nous tenterons d’établir dans une dernière partie.

[Merci aux chercheurs qui m’ont éclairé sur la question. Ils ne peuvent bien sûr être tenus pour responsable du contenu de cet article. Thank you : Pavel Klymenko, Anton Shekhovtsov, Ann-Sofie Dekeyser, Alexander Wolodarsky…]

Islamophobie et réseaux néoconservateurs

Cette dernière partie est consacrée à l’internationalisation des FEMEN

Dès 2009, les FEMEN entendent devenir le premier mouvement féministe européen. Elles en sont loin. Néanmoins, elles ont réussi à faire parler d’elles au niveau mondial (à la Biennale de Venise par exemple). En France, elles ont été reçues avec les honneurs (2012) et inspireront même le nouveau timbre Marianne (2013).

Leur libertarisme de façade associé à des positions géopolitiques (objectivement) atlantistes et islamophobes, leur ont néanmoins permis de s’attirer de solides soutiens au sein d’une partie de nos élites, à défaut de faire l’unanimité dans le reste de la population. Signe de l’opportunisme de l’organisme, en s’implantant en France, il abandonnera ses positions les plus réactionnaires (restriction de l’immigration, rétablissement de la peine de mort), au profit d’un combat facile contre l’Islam et l’Église, ou encore en faveur du mariage gay. Une thématique qu’elles n’avaient jamais traitées dans leur pays d’origine, allant jusqu’à pactiser avec des ultraconservateurs, comme démontré dans une première partie.

Caroline Fourest, ange-gardien

Au sein de la gauche française, FEMEN a su s’attirer des soutiens auprès des Verts, du Parti de Gauche mais aussi du PS. Il faut dire qu’en s’installant à Paris, elles ont fait de l’extrême-droite catholique un adversaire médiatique.

Pourtant, c’est sur fond d’islamophobie qu’elles ont en commun avec ces intégristes qu’elles susciteront leurs plus solides soutiens. En particulier dans la mouvance pro-américaine. Figure de ce courant, Caroline Fourest, véritable ange-gardien. Au carrefour des milieux associatifs, journalistiques et politiques, c’est un allié de poids.

L’avocat des FEMEN ? C’est le même que celui de la journaliste (Patrick Klugman, figure du Parti Socialiste parisien, membre de la revue La Règle du Jeu). Quand Inna Shevchenko obtenait en 2012 le statut de réfugié politique, c’est notamment grâce à la journaliste et un de ses soutiens dans la mouvance diplomatique : Pascal Brice.

Pour cet atlantiste en diable qui dirige l’organisme en charge du droit d’asile (OFPRA), celui (d’asile) offert en un temps record à l’Ukrainienne, constitue « un grand motif de fierté ». C’est ce qu’il déclarait dans une émission de radio de…Caroline Fourest qui lui était consacrée (France Inter, « Ils changent le monde »).

Un an plus tôt, c’est un autre membre du « réseau Fourest », le très néoconservateur François Zimeray, ex-Ambassadeur des droits de l’homme, qui se montrait particulièrement bienveillant envers Shevchenko. Ce n’est pas tout, la parution d’un ouvrage d’entretien entre la militante et la journaliste est imminente (à l’heure actuelle, il s’agit du livre Inna de Caroline Fourest). Il ne s’agit pas d’un coup d’essai. Dès 2012, France 2 diffusait un documentaire de Fourest à la gloire du mouvement. L’experte reconnue de l’extrême-droite française s’y montrait complaisante vis-à-vis de son alter ego ukrainienne.

Dans le documentaire, il est en effet question, avec empathie, d’une « réunion de l’opposition » contre les résultats d’une « élection législative jouée d’avance ». On aperçoit alors distinctement dans la foule les drapeaux bleu et jaune du parti d’extrême-droite Svoboda. Il s’avère qu’à la tribune ce jour-là se trouvait aussi le leader de l’extrême-droite ukrainienne Oleh Tyahnybok, celui-là même qui dénonçait dans les années 2000 la « racaille juive ».

Contre-champ : Oleh Tyahnybok à la tribune de la réunion de « l’opposition »

Le journal Charlie Hebdo, dont est issue Caroline Fourest, est un des grands relais militants des FEMEN au sein de la gauche.

L’occasion de rappeler que Charlie Hebdo est depuis plus de dix ans un allié plus ou moins constant des intérêts néoconservateurs. De Philippe Val à Charb.

A gauche : Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Caroline Fourest et un Danois, le très néoconservateur Flemming Rose (2006) A droite : Elisabeth Lévy, fondatrice du mensuel pro-israélien (et propriété d’un « magnat » d’extrême-droite) Causeur avec Charb (Photo Causeur, 2012)

La revue La Règle du Jeu, dirigée par Bernard-Henri Lévy (administrateur de la maison Grasset et par là même éditeur de Caroline Fourest, il incarne, à l’instar de la journaliste, une « gauche » anti-totalitaire et pro-israélienne), a été à la pointe dans la défense du mouvement.

Enfin, l’association « FEMEN France » a elle-même été fondée par celle qui est encore proche de Caroline Fourest, Safia Lebdi. Elle est issue de Ni Putes Ni Soumises, à qui l’on doit l’introduction dans le débat français de l’expression « fascisme vert ». Elle finira par claquer la porte. Trop indépendante pour subir le diktat de la direction ukrainienne. D’autres militantes rejoignent le mouvement. Moins formées politiquement aux idées parfois troubles.

« Nous ne sommes pas dans un Etat islamique »

« C’est bien qu’ils brûlent leur ville, ça nous évite d’avoir à le faire. Nous ne sommes pas dans un état islamique […] Ces personnes n’aiment pas leur pays, ces personnes ne sont pas patriotes, ces personnes ne respectent pas la république. Ils usent de certaines de nos lois libertaires pour nous entrainer vers des conceptions liberticides qui demain leur permettrons de créer des lois répressives à l’égard de la république […]N’oublions pas que les extrêmes ne sont JAMAIS bénéfiques, et que même si un ras le bol générale laisse à penser pour certains que la solution serait de voter l’extrême aux prochaines élections, sachez que ce ne serait prendre le même chemin que ceux que nous critiquons […]si chaque citoyen arrête de tourner la tête, de baisser les yeux au nom du syndrome colonial, nous avons une chance d’arriver à vivre ensemble… »

Quand Inna Shevchenko plagie un auteur ultrasioniste

Un dérapage logique. Le discours officiel lui-même se « décomplexe ». Anna Hutsol utilisant l’expression « mentalité arabe » comme synonyme de « mentalité patriarcale ». Sasha Shevchenko comparant le voile…à un camp de concentration. Et Inna Shevchenko donnant dans un néoconservatisme digne du bushisme triomphant. Face aux accusations d’islamophobie, elle écrit dans le Huffington Post :

« Nous sommes en guerre. Une guerre entre deux époques. Une guerre entre une mentalité rétrograde qui appartient au Moyen-Âge et une mentalité progressiste bien ancrée dans le 21ème siècle. Une guerre entre la liberté et l’oppression. Une guerre entre la démocratie et la dictature. Une guerre entre ceux qui traitent les femmes comme des chiens et celles qui crient ‘nous sommes des femmes, nous sommes des êtres humains !’. Une guerre entre ceux qui croient aux superstitions et ceux qui ont l’esprit clair. »

Une rhétorique calquée sur celle de Wafa Sultan, enfant chérie de l’extrême-droite pro-israélienne, depuis un fameux « dérapage » relayé par MEMRI :

« Le conflit auquel nous assistons n’est pas un conflit de religions ou de civilisations. C’est un conflit entre deux opposés, entre deux époques. C’est un conflit entre une mentalité qui appartient au Moyen-Âge et une autre qui appartient au 21ème siècle. C’est un conflit qui oppose la civilisation au retard, ce qui est civilisé à ce qui est primitif, la barbarie à la raison. C’est un conflit entre la liberté et l’oppression, entre la démocratie et la dictature. C’est un conflit entre les droits de l’Homme d’une part, la violation de ces droits de l’autre. C’est un conflit qui oppose ceux qui traitent les femmes comme des animaux à ceux qui les traitent comme des êtres humains..[…] Ce sont les musulmans qui ont déclenché le conflit des civilisations. »

A l’époque, le premier média français à avoir relayer la « VF » des propos de Sultan n’est autre que le site de la revue de…Caroline Fourest. Le plagiat d’Inna Shevchenko a quant à lui été publié par le Huffington Post, plateforme qu’elle partage avec une certaine …Fourest Caroline.

Wafa Sultan et la bloggueuse pro-israélienne d’extrême-droite Pamela Geller / Sultan et deux collaborateurs de C.Fourest : Irshad Manji et Mohamed Sifaoui / Sultan et Geert Wilders

Au sujet d’Israël, justement , la position des FEMEN ? Une forme de complaisance paradoxale. Les FEMEN ont fait de l’ouverture d’une branche à Tel-Aviv, qu’elles qualifient de « capitale démocratique européenne », un « rêve ». Il s’agirait pour elles d’une sorte de plateforme avancée pour atteindre le monde arabe. Pas de quoi calmer les accusations de « deux poids deux mesures ».

Relents colonialistes

Il y a les dérapages verbaux mais aussi les actes. FEMEN a multiplié les mises en scène ridiculisant les croyants musulmans. Il y eut la très médiatisée « Topless jihad day », organisée en solidarité avec la FEMEN tunisienne Amina Sboui. Et une protestation aux JO de Londres, contre l’autorisation faite à des athlètes voilées de concourir. La vidéo de cette dernière opération – orchestrée depuis Kiev, cf FEMEN – que nous avons retrouvée dans le « deep web », fut peu relayée, on comprendra pourquoi.

D’aucuns répondront que FEMEN s’attaque également à des symboles chrétiens. Certes. Mais quand par exemple elles attaquent le Vatican, c’est pour le dénoncer comme un « caillot » au sein de la « civilisation du progrès ». A savoir l’Occident. Autre preuve de la hiérarchisation des cultures et des religions à laquelle elles se livrent, leur volonté affichée de « pousser le monde civilisé à boycotter les pays qui pratiquent des traditions islamiques barbares » (cf. FEMEN). Une rhétorique empreinte de colonialisme.

Enfin, il faut noter qu’à la rentrée 2013 le double langage (qui consistait par exemple à proclamer « mort à la sharia » en russe… rien qu’en russe) craquait définitivement. L’islam en tant que tel étant désigné comme adversaire : « L’islam n’est pas source de vertu. L’islam est source de violence et d’oppression » (statut Facebook).

FEMEN de demain ?

A l’été 2013, Anna Hutsol et Viktor Sviatski demandaient l’asile politique…à la Suisse. La rentrée du groupe fut marquée par trois axes de lutte : la dénonciation de l’islam en tant que tel ; de la prostitution ; et enfin, comme sortie de nulle part, une défense de l’immigration (sur fond d’anti-frontisme). Il n’est pas sûr que celle-ci en demandait autant. FEMEN a d’ailleurs été catalyseur de nouveaux groupuscules d’extrême-droite, tels Hommen et Antigone.

Le manque de transparence du mouvement couplé à l’autoritarisme de ses dirigeants est un véritable frein à son expansion. Les branches Brésil et Belgique ont ainsi été dissoutes. Les membres historiques de FEMEN France ont quitté le mouvement.

Leurs positions islamophobes et occidentalistes leur ont assuré des soutiens. Mais celles-ci semblent aller à l’encontre des nouveaux rapports de force internationaux et d’un certain changement d’ambiance, avec par exemple une certaine banalisation des Frères Musulmans. En outre, l’année passée aura été marquée par un début de reconnaissance du phénomène islamophobe en tant que tel. Et c’est ainsi que Caroline Fourest et ses amies FEMEN ont eu plusieurs affrontements avec le groupe queer et antifa « Pink Bloc ». A tel point que la journaliste (et non, semble-t-il, l’ensemble des FEMEN, comme indiqué dans un premier temps), dût quitter précipitamment une manifestation de soutien au mariage pour tous, sous la pression d’activistes (cf. Inna, C. Fourest, Grasset). C’était fin 2012.

Un article paru en Belgique l’été dernier soulève la question d’une dérive sectaire. Quand par exemple la journaliste Ann-Sofie Dekeyser, infiltrée dans le mouvement, souligne la pression qu’elle a ressentie pour se faire tatouer, et la peur. Il s’agissait d’inscrire sur son corps le mot liberté en ukrainien…soit « Svoboda » (nom courant du parti d’extrême-droite).

Enfin, un repliement sur l’Ukraine semble exclu. Le tronçonnage d’une croix en aout 2012 y a achevé leur isolement.

En France, leurs provocations contre l’Eglise, à la veille d’élections municipales dont on sait combien elles sont empreintes d’électoralisme, a fragilisé leur position au sein du PS ; mais dans le même temps redonné du grain à moudre à leurs meilleurs ennemis : l’extrême-droite catholique. La susceptibilité de cette mouvance constitue peut-être un de leurs derniers espoirs pour ne pas retomber dans un certain oubli. La victimisation est en effet un des ressorts essentiels de leur développement.

Source

Publicités

L’appel au secours des femmes de Gaza

Les femmes de la bande de Gaza étouffent sous le blocus imposé depuis sept ans par Israël. Elles ont lancé un appel au secours. Cent femmes, notamment de France, de Belgique, d’Angleterre, tenteront de les rejoindre début mars. Olivia Zemor, présidente de l’association Europalestine, nous explique pourquoi cette mission qu’elle coordonne et nous parle du boycott des produits israéliens.

1

 

Début mars, vous tenterez de rejoindre les femmes de Gaza à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Pouvez-vous nous expliquer l’origine de la mission ?

En juillet 2005, la société civile palestinienne appela le monde entier au boycott des investissements destinés à Israël. Un an avant, la Cour internationale de Justice avait déclaré illégaux les colonies et le Mur, et demandé qu’il soit démantelé. Aucun gouvernement n’en a tenu compte. Pour que cet appel soit entendu, il a fallu les bombardements de l’opération Plomb durci sur la bande de Gaza en 2009. Depuis, la situation de Gaza s’est aggravée, avec d’autres bombardements, et le blocus imposé par Israël en 2007. Entre-temps, nous de même, pendant nos campagnes, nous avons oublié la bande de Gaza, occupés plutôt sur les colonisations israéliennes. Avec les militants des autres pays, nous avons discuté de la manière de briser le silence sur Gaza, sachant que les gouvernements feraient encore la sourde oreille. Nous avons souhaité que les femmes de Gaza s’expriment, car on ne parle jamais d’elles. L’année passée, lors d’une mission à Gaza, nous avons suggéré aux femmes qu’il fallait qu’elles lancent un appel au secours. Une centaine d’entre elles l’ont fait individuellement.

 

Comment ont-elles lancé cet appel ?

Grâce à deux militants français qui les ont rencontrées à Gaza, janvier dernier. Ils ont eu une réunion avec elles et d’autres femmes d’associations humanitaires. Ensemble, ils ont rédigé cet appel décrivant le châtiment collectif qu’Israël leur impose. Aussitôt cet appel a été répondu par des femmes de nos pays, qui ont formé une coalition internationale contre le blocus de Gaza. L’objectif : toucher l’opinion publique. Le moyen : faire du bruit par des rassemblements hebdomadaires dans plusieurs villes en France. Et début mars, nous partirons, étant une centaine de femmes, à la rencontre des femmes de Gaza pendant la journée internationale des droits des femmes. Le message en sera d’autant plus fort. Mais nous n’avons aucune garantie que le gouvernement égyptien nous laisse franchir les frontières entre Rafah et Gaza.

Comment êtes-vous venus à soutenir les Palestiniens de la bande de Gaza ?

Notre campagne ne parle que de la Cisjordanie, puisque les produits israéliens sont entre autres fabriqués dans cette région. Nous avons cependant oublié la moitié de la population palestinienne. Celle qui habite la bande de Gaza. Nos arguments traitaient principalement des colonies israéliennes. Or la bande de Gaza est dans une espèce de prison, malgré qu’il n’y ait plus aucune colonie israélienne depuis 2005. La population qui vit dans la bande de Gaza manque de tout. Elle ne peut sortir du côté des frontières israéliennes, même dans les cas d’urgence. Elle ne peut recevoir personne, à tel point que le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, n’a pas eu l’autorisation d’Israël de rentrer dans la bande de Gaza alors qu’il avait pu mettre les pieds dans d’autres territoires. Ce blocus, qui dure depuis sept ans, veut dire aussi : manque d’essence, d’électricité, de nourriture. L’unique centrale électrique de Gaza a été bombardée. Et les tunnels entre les frontières égyptiennes et palestiniennes, par lesquels des marchandises indispensables passaient, ont été détruits. Comme l’électricité manque aussi dans les hôpitaux, les patients qui survivent grâce à des appareils meurent. Des interventions chirurgicales se font à la lumière de téléphone portable. La station d’épuration est hors service, et les eaux usées des égouts remontent à la surface, ce qui produit des fléaux. Les transports en commun ne circulent plus. Les Nations-Unis ont déclaré qu’à cette allure la bande de Gaza serait inhabitable en 2020. L’ancien ministre israélien de l’éducation, Shulamit Aloni, disait justement qu’il n’est guère besoin de four crématoire ou de chambre à gaz pour un génocide. Là, ce blocus en est un.

Comment changer cette situation ?

Si nos gouvernements veulent que ce blocus soit levé, ils doivent arrêter leurs collaborations avec Israël. Notre devoir en tant que citoyen est de faire pression sur nos représentants, et de montrer qu’il existe un décalage énorme entre l’opinion publique et les gens censés nous gouverner. Quand nos dirigeants et nos institutions contribuent à une action barbare, seule la société civile est capable de bousculer les choses. Malgré l’indifférence des grands médias sur le blocus de Gaza, nous avons notre bouche, nous pouvons intervenir dans la rue, sur Internet. Le problème essentiel que nous avons, c’est le silence des médias, car nos dirigeants demandent qu’ils se taisent. Les rares fois où les médias traitent de Gaza, ils parlent du Hamas et d’hommes barbus supposés terroristes, comme si toute la population, femmes et enfants compris, était composée entièrement de terroristes, c’est-à-dire environ 1,7 million de personnes.

Que pensez-vous du boycott d’Israël ?

En France, les appels au boycott d’Israël sont criminalisés à cause d’une circulaire faite en 2010 par Michèle Alliot-Marie. Cette circulaire, pondue sous Nicolas Sarkozy, demande aux parquets de France de condamner les personnes qui demandent le boycott des produits israéliens. Uniquement cela. Des appels sont lancés sans arrêt, comme celui de Bernard-Henri Lévy à propos du boycott des jeux Olympiques d’hiver en Russie ; ou celui de Brigitte Bardot à propos du boycott des produits canadiens, car les bébés phoques seraient maltraités. On a le droit d’appeler à tout ce qu’on veut, sauf au boycott des produits israéliens. Sinon les officines israéliennes engagent des poursuites. Et le gouvernement français approuve. Toutes les enquêtes, les procédures policières, judiciaires, menées contre cette espèce d’appel, payées aux frais des contribuables, servent à contenter le lobby israélien. Quand un procès est lancé, les officines israéliennes s’y joignent, ce qui ne leur coûte rien, et réclament ensuite dommages, intérêts, frais de justice… Cette circulaire, qui déplaît à beaucoup de magistrats, n’a pas été annulée par la ministre de la Justice, Christiane Tobirat, alors que ce n’est pas une loi.

Vous me dites pourtant qu’elle est appliquée…

Si elle faisait office de loi, nous perdrions tous les procès, et l’appel au boycott des produits israéliens serait illégal. Mais comme ce n’est pas une loi, la résistance est permise. Quand des procès sont lancés contre nous, nous avons des jugements majoritairement favorables. Nous avons même eu des procureurs à qui le ministère de la Justice demandait de requérir des peines contre nous, et qui ont refusé de le faire. Il est quand même intéressant de savoir que ceux qui se disent socialistes soutiennent Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël….

Avez-vous quelques exemples ?

Avant d’aller visiter la plus grande université de Palestine à Birzeit, François Hollande avait évoqué clairement en Israël qu’il soutenait la politique de Benyamin Netanyahou. Il annula ensuite sa visite à Birzeit, craignant les protestations des Palestiniens. Il déclara même, à propos des négociations de paix, que les Palestiniens devaient faire un effort. Dans la situation actuelle, une telle demande est surprenante. Il déclara aussi qu’il ne fallait pas admettre le gel de la colonisation d’Israël pendant les « négociations de paix ». Des vidéos montrent François Hollande avec sa femme chez Benyamin Netanyahou. Lors de la soirée, François Hollande répète que tout son cœur est avec Israël. Voilà un excès d’allégations aussi impudiques les unes que les autres quand on sait à quel point Israël bafoue les Palestiniens. François Hollande, plus clairement que Nicolas Sarkozy, a joué sur la confusion entre les Juifs, le judaïsme et la politique israélienne.

Le gouvernement français vous accuse-t-il d’antisémitisme ?

Certainement. Mais sur base de quelle loi nous poursuit-il quand nous demandons le boycott des produits israéliens ? François Hollande s’appuie sur une loi qui n’a aucun rapport avec cela. Cette loi protège la personne contre les discriminations, qu’importent sa nation, son ethnie, sa race, son appartenance religieuse. C’est une loi antiraciste. Sauf que le gouvernement français tire l’affaire par les cheveux. Il se rapporte au mot nation, c’est-à-dire un ensemble de personnes. Et les sionistes disent que derrière les produits il y a des personnes. Ces producteurs toutefois ne sont pas tous des Israéliens. Il y a aussi des Palestiniens. Il y a également une main d’œuvre thaïlandaise. L’accusation d’antisémitisme est inadéquate. Nous sommes seulement contre les produits israéliens. La magistrature française, cette fois contre la décision du gouvernement, a qualifié ce détournement de sens d’attentat judiciaire. Comment peut-on utiliser une loi antiraciste pour défendre un Etat qui ne respecte ni les résolutions de l’ONU ni le droit international ?

Si vous souhaitez d’autres informations : Association Europalestine

Source

Les enjeux de la bataille pour l’Ukraine

Les Etats-Unis ont montré un intérêt tout particulier pour l’Ukraine à l’occasion des récentes élections qui y ont eu lieu. Est-ce parce qu’il s’agit d’un pays où la démocratie reste à bâtir, comme ils le prétendent eux-mêmes ? Etaient-ils inquiets à l’idée qu’il y ait des fraudes ou que la liberté de la presse soit bafouée ? Ou existe-t-il au contraire pour eux d’autres raisons de se soucier de ce pays situé à la croisée de l’Europe et de la Russie ? Pour le savoir, nous avons consulté les archives divulguées ces dernières années par Wikileaks. La réponse est sans appel : si l’Ukraine attire tant l’attention des USA, c’est avant tout pour des raisons économiques et géostratégiques. Quant à la « démocratie », il ne s’agit que d’un prétexte pour orner leurs objectifs de bonnes intentions.

1

Pour les Etats-Unis, le contrôle de l’Ukraine répond à trois principaux objectifs : 1) renforcer l’OTAN, 2) lutter contre l’influence croissante de la Russie, 3) s’approprier un marché trop fermé.

  1. Renforcer l’OTAN

L’OTAN est une alliance militaire créée en 1949 pour faire face à la « menace soviétique ». L’organisation n’a cependant pas disparu avec la chute de l’URSS. Au contraire, elle n’a cessé de grandir, intégrant peu à peu tous les anciens pays socialistes : Hongrie, Pologne et République Tchèque en 1999, pays baltes et une partie des Balkans en 2004, Albanie et Croatie en 2009. Aujourd’hui, l’OTAN est la plus grosse organisation militaire au monde, regroupant la quasi totalité des pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Elle est susceptible d’intervenir partout où les intérêts de ses membres – Etats-Unis en tête – sont menacés (1).

Pour les Etats-Unis, l’intégration dans l’OTAN de l’Ukraine – le plus grand pays d’Europe – est un objectif important. Déjà en 1997, le stratège Zbigniew Brzezinski écrivait dans son livre Le grand échiquier : « Entre 2005 et 2010, l’Ukraine doit être prête à des discussions sérieuses avec l’OTAN. Après 2010, le principal noyau de sécurité en Europe consistera en : la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Ukraine. »

Cette volonté d’intégration de l’Ukraine a par la suite été maintes fois exprimée. En 2007, le Congrès américain a passé un acte par lequel il autorisait « l’aide US pour assister l’Ukraine dans la préparation d’une possible adhésion à l’OTAN. » Juste avant le sommet de Bucharest en 2008, Bush a publiquement déclaré «  offrir un « fort soutien » à la demande de l’Ukraine de recevoir de l’OTAN un Plan d’action pour l’adhésion. » Dans le cadre du sommet, de hauts fonctionnaires US ont affirmé « qu’ils espéraient que l’Ukraine recevrait un Plan d’action pour l’adhésion aussitôt que les ministres des affaires étrangères de l’OTAN se rencontreraient. » Enfin, après le sommet, le Sénat américain a passé une résolution exprimant son « fort soutien » à l’idée que « l’Ukraine […] devienne un jour membre de l’OTAN (2) ».

  1. Lutter contre la Russie

Dans les années 1990, la Russie était totalement soumise aux Etats-Unis et ne les inquiétait par conséquent pas beaucoup (les entreprises US faisaient à peu près ce qu’elles voulaient dans le pays). Cela a changé avec l’arrivée de Poutine au pouvoir en 2000. Celui-ci s’est efforcé de ramener la Russie au rang de grande puissance en lui garantissant notamment une plus grande indépendance économique. Naturellement, cette nouvelle rivalité a fort déplu aux USA.

Ceux-ci ont donc entrepris d’affaiblir Moscou par tous les moyens. Ils s’efforcent notamment de l’empêcher de créer un bloc économique alternatif qui comprendrait l’Ukraine, pays indispensable à au développement de la Russie. Brzezinski écrivait à ce propos dans Le grand échiquier : « Sans l’Ukraine, la Russie n’est plus qu’une grande puissance asiatique. Si la Russie reprend le contrôle de l’Ukraine, de ses 52 millions d’habitants, des richesses de son sous-sol et de son accès à la Mer Noire, elle redeviendra une grande puissance s’étendant sur l’Europe et l’Asie. ». Autrement dit, l’Ukraine doit être sous domination US.

C’est également sous cette perspective qu’il faut comprendre l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN. On lit ainsi dans un Rapport au Congrès américain faisant le bilan du Sommet de l’OTAN à Bucharest en 2008 : « Ceux qui considèrent la Russie comme une menace potentielle pour la sécurité de l’Europe voient dans l’adhésion future de l’Ukraine à l’OTAN une garantie contre les possibles tentatives de la Russie de faire renaître son « empire » (3).  »

  1. S’approprier un marché trop fermé

Après la chute de l’URSS, l’Ukraine est passée d’une économie largement planifiée par l’Etat à une économie de marché. La plupart de ses entreprises, fermes et terres agricoles ont été privatisées. Les enjeux économiques de la privatisation étaient énormes puisque l’Ukraine – le plus grand pays d’Europe – était à la fois industrialisée et considérée comme le grenier à blé de l’URSS. De plus, elle possédait une main d’œuvre qualifiée et bon marché. Cela a naturellement attiré la convoitise de nombreux investisseurs étrangers.

Toutefois, comme le montrent les archives révélées par Wikileaks, le climat d’investissement n’a pas répondu aux attentes pour différentes raisons : lois trop strictes, corruption, concurrence des « oligarques » locaux… Aussi les Etats-Unis ont-ils ambitionné d’apporter toute une série de réformes pour favoriser leur implantation économique dans le pays. Cela a réussi dans certains cas et échoué dans d’autres. Aussi le marché ukrainien reste-t-il aujourd’hui pour eux un enjeu considérable.

Parmi les entraves à leurs activités financières et commerciales en Ukraine, les Etats-Unis signalaient notamment en 2006 :

  • L’interdiction pour des banques et compagnies d’assurances étrangères d’implanter des filiales dans le pays.
  • Certains mécanismes de régulation et des procédures de certification jugés « pénibles et inutiles ».
  • Le manque de transparence en matière de privatisation des biens publics.
  • Les restrictions sur les importations de viande étasunienne (4).

Pour améliorer le climat d’investissement dans le pays, l’ambassadeur US suggérait entre autres en 2010 que l’Ukraine doive :

  • Se plier aux injonctions du FMI et de réduire les dépenses de l’Etat.
  • Déréguler son marché et modifier son système de taxation.
  • Lutter activement contre la corruption.
  • Réformer son système bancaire.
  • Réformer son secteur agricole pour en augmenter la production (5).

Les USA ne peuvent-ils pas être un facteur de progrès pour l’Ukraine ?

Nous avons vu que les Etats-Unis ont de sérieuses raisons, économiques et géostratégiques, de s’intéresser à l’Ukraine. En ce qui concerne la démocratie et les droits de l’homme, en revanche, ils ne formulent aucune recommandation concrète dans les documents que nous avons consultés. Ces deux termes sont totalement absents des câbles confidentiels de l’ambassadeur US à Kiev. Dans les Rapports au Congrès américain, on trouve parfois le mot « démocratie », mais vidé de tout contenu. En fait, « démocratie » et « droits de l’homme » semblent essentiellement servir aux USA d’outils de communication destinés à masquer par de belles intentions leurs objectifs politico-économiques.

Une question demeure cependant. Quand bien même les Etats-Unis ne chercheraient qu’à servir leurs propres intérêts en Ukraine, cela ne pourrait-il pas être bénéfique à la société ukrainienne ? Les entreprises investissant dans le pays ne créeront-elles pas de l’emploi ? Ne développeront-elles pas des infrastructures ? En fin de compte, la population ne verra-t-elle pas son niveau de vie augmenter, ce qui lui permettra de davantage s’impliquer au niveau politique et de réclamer des droits égaux à ceux dont jouissent les citoyens des pays occidentaux ? Malheureusement non.

Tout d’abord, il faut rappeler que ce ne sont pas les patrons qui créent la richesse de leurs employés, mais les employés qui, par leur travail, créent celle de leurs patrons. Or, pour que la richesse des patrons augmente, ceux-ci ont besoin que les salaires soient les plus bas possible. C’est pour cela qu’ils sont attirés par l’Ukraine – où la main d’œuvre est qualifiée et bon marché – en non parce qu’ils ont envie de développer le pays. En occident, le relatif niveau de prospérité qu’ont atteint les populations n’est pas le résultat d’un « climat d’investissement favorable », mais celui de luttes sociales souvent longues et laborieuses.

Ensuite, il faut bien souligner que, ce que veulent les Etats-Unis dans un pays comme l’Ukraine, c’est développer un climat d’investissement favorable à leurs entreprises, et à elles seules. Or, l’essentiel des bénéfices engendrés par ces entreprises partant dans la poche d’actionnaires étrangers, peu d’argent est réinvesti dans les pays où elles sont implantées. Aussi, loin d’enrichir ces derniers, elles ne font au contraire que les appauvrir. Certains objecteront qu’elles sont tenues de payer des taxes, mais ce serait oublier ce que les Etats-Unis considèrent comme un « climat d’investissement favorable ».

Enfin, je voudrais terminer en citant deux extraits de documents d’archive qui montrent clairement que le but des USA en Ukraine n’est ni de rendre le pays plus prospère, ni plus démocratique.

Le premier extrait concerne Viktor Iouchtchenko. Président de l’Ukraine entre 2005 et 2010,Iouchtchenko a été porté au pouvoir avec le soutien ouvert des USA au cours de la « Révolution orange ». Après la révolution, un rapport faisant le bilan des événements a été présenté au Congrès américain. D’une manière générale, ce rapport était enthousiaste quant à Iouchtchenko, en qui les Etats-Unis voyaient l’homme qui allait enfin mettre l’Ukraine sur le chemin de l’intégration euro-atlantique. Néanmoins, un point posait problème. On lisait en effet dans le rapport : « Des observateurs occidentaux sont inquiets du fait que le gouvernement semble focalisé sur l’idée d’augmenter les taxes afin d’accroître les dépenses sociales comme promis pendant la campagne, plutôt que de mettre en place des réformes destinées à attirer plus d’investissement étranger. En effet, de telles mesures, entreprises sans avoir consulté les investisseurs et dans les mains de bureaucrates corrompus, pourraient selon eux décourager l’investissement dans la période actuelle (6). » En d’autres termes, si les USA ont soutenu Iouchtchenko, c’est pour qu’il serve les intérêts des investisseurs étrangers et non celui du peuple ukrainien. Peu importe ce qu’il a promis durant sa campagne, augmenter les dépenses sociales n’est pas ce qu’on attend de lui..

Le deuxième extrait concerne Ioula Timochenko. Egérie de la Révolution orange puis Première ministre, elle est comme Iouchtchenko un personnage clé du mouvement pro-occidental en Ukraine. Un câble diplomatique de 2010 relate à son propos une conversation entre l’ambassadeur étasunien et un certain Viktor Pynzenyk, ancien Ministre des finances. Ce dernier, présenté par l’ambassadeur comme un « économiste respecté », avait quitté le gouvernement en 2009 suite au refus de Timochenko de saisir l’« opportunité de réformes qu’offrait la crise économique ». Au cours de son entretien avec l’ambassadeur US, Pynzenyk a proposé une série de réformes selon lui indispensables. Parmi celles-ci, citons :

  • L’augmentation de l’âge de la retraite de deux ans à trois ans.
  • La suppression des prépensions.
  • La limitation des pensions pour les retraités qui travaillent.
  • Le triplement du prix du gaz pour les ménages.
  • L’augmentation des prix de l’électricité de 40%.
  • L’annulation de la Résolution gouvernementale exigeant le consentement des syndicats pour augmenter les prix du gaz.
  • L’annulation de la Disposition législative interdisant aux fournisseurs communaux de couper les approvisionnements ou de donner des amendes aux consommateurs en cas de non-paiement des services communaux.
  • La privatisation de toutes les mines de charbon.
  • L’augmentation des prix des transports, l’annulation de tous les avantages.
  • L’abolition des aides gouvernementales pour les naissances, les repas gratuits et les livres scolaires (il est écrit : « les familles doivent payer »).
  • L’annulation des exonérations de TVA sur les produits pharmaceutiques.
  • L’augmentation des taxes sur l’essence et l’augmentation de 50% des impôts sur les véhicules.
  • Le payement des allocations de chômage après un minimum de six mois de travail seulement.
  • Le payement des allocations de congé de maladie à partir du troisième jour de congé seulement.
  • La non-augmentation du minimum vital (en introduisant cependant des possibilités de paiement supplémentaires pour les nécessiteux.)

L’ambassadeur US note au sujet de ces propositions : « Pynzenyk n’est pas un oligarque, mais un professeur d’économie, l’un des rares que nous ayons trouvé dans les hautes sphères de gouvernement en Ukraine. Il est regrettable que la réticence de Mme Timochenko à prendre ces décisions difficiles ait coûté cher au pays, non seulement en termes de déficits, d’augmentation de la dette publique et de baisse du PIB, mais aussi en ce sens qu’elle a écarté d’intelligents réformateurs tels que Pynzenyk (7). »

Encore une fois, nous voyons que le sort du peuple ukrainien compte bien peu aux yeux des responsables US.

Conclusion

Si les Etats-Unis s’intéressent à l’Ukraine, ce n’est pas parce que les droits de l’homme n’y sont pas respectés, parce que la presse n’y est pas libre ou parce que la démocratie y fait défaut. Si les Etats-Unis s’intéressent à l’Ukraine, c’est avant tout pour des raisons économiques et géostratégiques, en l’occurrence : renforcer l’OTAN, lutter contre la Russie et s’approprier davantage un marché trop fermé. Comme nous avons essayé de le montrer, leur présence dans la région ne sera en aucun cas un facteur de progrès pour l’Ukraine et sa population, dont ils se fichent complètement. Aussi, si l’on veut comprendre pourquoi, lors des récentes élections, le camp Timochenko a reçu un tel appui de la part des pays occidentaux, ne faut-il pas raisonner en termes de démocratie ou de droits de l’homme. Cherchez qui promettait l’intégration à l’OTAN, l’éloignement d’avec la Russie et la création d’un « climat d’investissement favorable », et vous trouverez le candidat soutenu par l’Occident.

Notes

(1) Sur le rôle de l’OTAN, voir notamment Michel Collon, Libye, OTAN et médiamensonges, Investig’Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2011.

(2) « Ukraine : Current Issues and U.S. Policy », Rapport au Congrès américain RL33460, 10/09/2008, pp. 14-17 (archive Wikileaks).

(3) « Enlargement Issues at NATO’s Bucharest Summit », Rapport au Congrès américain RL34415, 18/04/2008, p. 23 (archive Wikileaks).

(4) « Permanent Normal Trade Relations (PNTR) Status for Ukraine ans US-Ukrainian Economic Ties », Rapport au Congrès américain RS22114, 30/03/2006, pp. 4-5 (archive Wikileaks).

(5) Câble diplomatique 10KYIV275, provenant de l’ambassade US à Kiev, classé par l’ambassadeur John F. Tefft, 23/02/2010, not. paragraphes 15 et 19 (archive Wikileaks).

(6) « Ukraine’s Orange Revolution and US Policy », Rapport au Congrès américain RL32845, 01/07/2005, p. 3 (archive Wikileaks).

(7) Câble diplomatique 10KYIV278, provenant de l’ambassade US à Kiev, classé par l’ambassadeur John F. Tefft, 24/02/2010, paragraphes 8 et 9 en particulier (archive Wikileaks).

Source 

La lutte des grands médias contre la démocratie

O tempora, o mores ! En 1973, même des journaux conservateurs condamnaient le massacre de la démocratie au Chili. Quarante ans plus tard, la Sainte Alliance des actionnaires de l’actualité piétine la démocratie vénézuélienne, en légitimant les violences d’une droite qui refuse sa défaite lors des scrutins validés par les observateurs internationaux et veut s’emparer du pouvoir sans passer par les électeurs.

1

Converties à la pensée unique (libre-échange + droit d’ingérence), les grises copies d’AFP et Reuters que sont devenus Le Monde, RTL, TF1, France 2, La Libre Belgique, El Pais, Libé ou le NY Times n’ont d’autre issue que de censurer la voix desprésidentslatino-américains s’ils défendent le droit des Vénézuéliens à élire qui ils veulent, et d’omettre les mobilisations de la majorité de la population contre une tentative de coup d’État.

Le président Uruguayen José Mujica rappelle que « sortir du cadre de la Constitution est une forme de violence » et demande que cesse « l’intervention extérieure dans les affaires intérieures du Venezuela ». Source :http://bit.ly/1j9pPGN

Le président bolivien Evo Morales explique que «  Washington utilise des groupes de jeunes Vénézuéliens pour déstabiliser » le pays et « provoquer l’intervention extérieure ». Demander la démission du président Maduro est une conspiration ouverte contre la démocratie. Quand ils ne peuvent plus dominer politiquement, non seulement en Amérique latine mais dans d’autres pays du monde, les États-Unis financent la violence de groupes terroristes pour tenter de justifier une intervention des casques bleus ou del’OTAN. Telle est la nouvelle stratégie. Ce qui s’est passé en Bolivie en 2008 est en train de se passer au Venezuela. Ici, des groupes violents ont pris d’assaut et brûlé des administrations, ont frappé des policiers et des militaires. Mais le peuple s’est soulevé et a fait échouer cette tentative de coup d’État. Aujourd’hui il est de notre devoir de défendre la démocratie vénézuélienne”. Source : http://www.telesurtv.net/articulos/…

Le Président Correa évoque « la mise en route d’un coup d’État mou, processus concerté et hautement financé de déstabilisation de la démocratie au Venezuela, tel que l’Équateur en a déjà connu et peut encore en connaître. » Source : http://www.radiomundial.com.ve/arti…

Le Chancelier équatorien Ricardo Patiño a déclaré : « nous ne tolèrerons pas que des groupes politiques cherchent à prendre le pouvoir au Venezuela par une voie non démocratique » et a rappelé que « l’UNASUR dispose déjà d’instruments qui découragent les tentatives de putsch et peut adopter des décisions sévères en cas de rupture de la démocratie ». Source : http://www.telesurtv.net/articulos/…

Le chancelier brésilien Luiz Alberto Figueiredo soutient les prises de position énergiques et unanimes du MERCOSUR et de l’UNASUR contre les plans de déstabilisation du Venezuela, rejette la violence comme mécanisme au sein d’une démocratie et demande le respect des institutions. Source : http://www.ciudadccs.info/?p=534827.

A noter que l’UNASUR et le MERCOSUR expriment le point de vue de l’ensemble des gouvernements d’Amérique du Sud et que même un président de droite comme Juan Manuel Santos (Colombie) a appellé à « renoncer aux violences lors des protestations » . Par contraste l’ex-président Alvaro Uribe Vélez, impliqué dans le paramilitarisme et ses crimes massifs contre l’humanité en Colombie, a annoncé qu’il allait lever des fonds pour appuyer la droite vénézuélienne.

Mardi 18 février à Caracas : mobilisation pacifique d´étudiants et de travailleurs pétroliers pour défendre le verdict des urnes et la poursuite du programme socialiste. A cette occasion, Nicolas Maduro a signé le nouveau contrat collectif en faveur des travailleurs de ce secteur (dont les États-Unis cherchent précisément à reprendre le contrôle via la tentative de coup d’État). Le 15 février, Maduro (lui-même ex-syndicaliste) a participé aux travaux du sommet du Mercosur ouvrier organisé à Caracas en présence de 31 dirigeants syndicaux latino-américains. Il a annoncé la mise à disposition par son gouvernement d‘un fond spécial de 1000 millions de dollars (créé par Hugo Chavez) pour soutenir au sein du MERCOSUR la récupération d’entreprises, l’intégration d’un modèle productif qui dépasse le capitalisme ainsi que la création d’un centre de formation syndicale, dont le siège sera installé à Caracas.

Source